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Jacques BouveresseDe par mon « background » philosophique, je me sens plus proche de l’opinion d’un Bouveresse, proche du positivisme logique, de la philosophie analytique, etc.

Je pense que la philosophie a à dire sur tout, et c’est là sa spécificité. Après, ce qui la distingue d’autres discours, c’est sa forme. Je dirais ainsi que la philosophie est un degré intermédiaire entre la science et le mythe.

Je dis cela au sens où Popper parlait de la science. Pour lui, un énoncé est scientifique s’il est réfutable, s’il est possible de dire qu’il est faux. S’il n’est pas réfutable, il est alors métaphysique (et, pour dire vite, philosophique).

Tout comme la science, la philosophie essaie de rationaliser le réel, de nous le rendre intelligible. Mais le discours qu’elle produit dessus n’est pas toujours réfutable. Au contraire, la philosophie se sent bien souvent pour mission d’englober tout le réel, de le systématiser, de tout expliquer à partir de quelques principes. Et quand une expérience vient à entrer en contradiction avec le discours, bien souvent, on n’abandonne pas la doctrine pour une nouvelle, alors que c’est ce qu’on ferrait en science : on tente d’expliquer cette contradiction et de montrer que finalement, elle est compatible avec le système (évidemment, je simplifie, au risque de caricaturer).

Le mythe en fait de même avec le réel. Mais celui-ci est bien souvent difficilement critiquable, impossible à réfuter, et moins rationnel que le discours philosophique. La philosophie constitue donc un progrès par rapport au mythe. C’est pourquoi on voit souvent une opinion passer par ces différentes étapes : elle est mythique, puis fait un effort vers la rationalisation en devenant philosophique, puis elle s’épure encore pour devenir parfois scientifique. Et il faut parfois des millénaires pour cela : par exemple, l’atomisme. D’autres fois, on reste bloqués au niveau du discours philosophique : la théologie avec Dieu.