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Avant d’être président des États-Unis, Woodrow Wilson fut avant tout un professeur d’histoire spécialisé dans l’étude du droit politique et de la constitution américaine. L’ouvrage qu’il nous signe ici fut publié bien avant le destin qu’il devait avoir. Cet ouvrage n’est pas a proprement parler un livre d’histoire, du moins dans le sens scientifique. En effet, Wilson ne cite presque jamais ses sources, ne donnent pas beaucoup d’informations sur les dates, etc. C’est avant tout une biographie visant à faire pénétrer au lecteur le caractère exceptionnel de ce grand homme d’Etat que fut George Washington. L’ouvrage est préfacé par Charles Cestre, professeur à la Sorbonne, et est annoté par Georges Roth. Wilson structura son essai en 10 chapitres, dont voici ici une synthèse des 5 premiers.

  1. La Virginie au temps de Washington
  2. Éducation et jeunesse de Washington (1732 – 1753)
  3. Le colonel Washington (1754 – 1758)
  4. À Mont-Vernon (1759 – 1763)
  5. La mêlée politique (1761 – septembre 1774)

George Washington George Washington étant Virginien, il est normal de trouver en « préambule » une reconstitution du milieu qui l’a vu naître. Wilson commence par brosser rapidement la vie qu’eut Washington. Gentleman né en Virginie, il fut l’un de ceux qui permit aux colonies anglaises d’Amérique de conquérir leur sécurité et leur indépendance. Washington « atteint l’age viril à l’heure des premier remous révolutionnaires ». Il fit la guerre de Sept ans, fut chef de parti à l’age de 44 ans. Les qualités maîtres chez lui étaient la « prévoyance et [l’] autorité ». Washington fut « le premier » de son temps, c’est-à-dire « le premier dans la guerre, le premier dans la paix, le premier dans le coeur de ses concitoyens. (p. 13) ».

Depuis plus de cent ans les colonies anglaises vivaient en paix depuis que les premiers colons vinrent s’installer. Il se trouvait alors 600 000 sujets en 1732, l’année où naquit Washington. « Les Virginiens étaient en somme des Anglais tant soit peu retardataires. Alors que les Anglais d’Europe évoluaient, se transformaient, les colons d’Amérique demeuraient semblables à eux-mêmes. ». Les colonies restaient toutes fois très contrôlées par l’Angleterre. Georges Roth rappelle en note de bas de page : « Le Gouverneur exerçait les prérogatives royales et détenait le pouvoir exécutif, dans les limites de son mandat. La législature coloniale se composait d’une Chambre de représentants et d’un Conseil de gouvernement dont les membres étaient nommés soit par le roi (dans les provinces royales), soit par la Chambre (dans les colonies à chartes). La « Chambre des Bourgeois » (House of Burgesses) était l’Assemblée des représentants de la Virginie. (…) Elle se composait à cette date du gouverneur (…), de ses six conseillers et de deux notables (Burgesses) par plantation. Soit, en tout, vingt-sept membres. (p. 17) ».

Le Sud et le Nord des colonies partaient d’un principe tout à fait différent. En effet, « la Virginie avait été le rendez-vous d’émigrants n’ayant qu’un seul souci : améliorer leur sort matériel. La Nouvelle-Angleterre, au contraire, avait été fondée en vue de devenir le foyer d’une croyance et d’une discipline. (p. 20) ». John et Lawrence Washington arrivèrent à la fin du XIIème siècle. Leur père, également nommé Lawrence Washington était révérend sur le Vieux Continent et fut chassé en 1643 par ordre du parlement pour s’être enivré en public et pour avoir dénigré les troupes parlementaires. La situation ne pouvant s’améliorer, ses fils partirent pour la Virginie et y débarquèrent en 1656. (p. 22).

« À l’aube du XVIIIème siècle, une vie de plus en plus large, de plus vastes terrains d’entreprises et d’aventures, les souriantes perspectives d’un empire grandissant, encourageaient partout l’effort des colons énergiques (p. 25) ». Cependant ces efforts étaient bridés par la législation de la Métropole britannique. « Les lois de Navigation interdisaient l’usage de tous autres navires que les bâtiments anglais; elles prohibaient en outre tout commerce qui ne s’effectuait pas directement avec les ports anglais […] Les denrées que [les colonies] ne produisaient pas, elles devaient les importer de la métropole ; quant à celles dont elles pouvaient disposer, elles devaient les lui expédier en droite ligne. Voulaient-elles opérer des échanges entre elles ? Elles étaient astreintes à le faire via l’Angleterre, afin que des agents anglais leur servissent d’intermédiaires. Si l’on tenait à tout prix à effectuer un transport direct entre deux ports des colonies, il fallait s’acquitter un droit égal à la redevance perçue dans un port britannique (p. 25) ». La fraude par rapport à ces contraintes était tout à fait de mise : il était difficile pour l’Angleterre de contrôler un si grand territoire.

Les Français quant à eux étaient beaucoup moins nombreux « quelques centaines quand les anglais étaient des milliers (p. 27) ». Leur commerce reposait sur les fourrures. Ils étaient installés au Nord, après qu’ils aient découvert l’embouchure du fleuve Saint-Laurent. Le territoires occupés par les colonies françaises étaient grand set recouvraient maintenant un espace allant des grands Lacs jusqu’au Golf du Mexique. Cette présence française embarrassait beaucoup les colons anglais, d’autant plus que ceux-ci soulevaient fréquemment les Indiens contre ces derniers.

C’est pourquoi la politique européenne vint rapidement s’immiscer sur la question coloniale à la fois du coté Français que du coté Anglais. La France était en effet en Europe la plus redoutable ennemie de l’Angleterre. Les Anglais voulaient alors soulever les colonies contre les français, mais celles-ci demeuraient trop indifférentes, « trop fières pour s’humilier, trop fortes pour se laisser contraindre, trop éclairées pour ne point voir les conséquences de leur docilité (p. 29) ». Deux guerres éclatèrent sur le nouveau continent entre les deux puissances sans pour autant se montrer décisives.

Pendant ce temps, la Virginie comptait maintenant près de 100 000 hommes. Un sentiment national commençait à naître, ce n’étaient plus de simples colons. Point d’intellectualisme pour ces hommes, « nul ne pensait, en Virginie, qu’un « honnête homme » pût souhaiter devenir « un pur érudit ». Le devoir consistait à « se familiariser avec les gens et les choses, bien plutôt qu’avec les livres ». (p. 31). ». L’Angleterre avait toujours peine à asseoir son autorité sur les colonies. « On n’y acquitte aucun tribut, note plaisamment Byrd, ni à Dieu ni à César (p. 32) ».

« Soixante-seize ans s’étaient écoulés depuis que John Washington (…) avait acquis un petit bien sur le Bridge’s Creek, et ses descendants continuaient d’habiter la vieille propriété dont il avait fait élection (p. 35) ». John Washington était ainsi devenu un notable, par la suite de trois mariages successifs lui ayant permis de tisser de nombreux liens, et aussi par le fait que celui-ci siégeait maintenant à la Chambre des Bourgeois. Il décéda en 1676, mais sa paroisse était appelée par le nom de Washington bien avant cette cruelle échéance. Les fils et petits-fils de John continuèrent « cette vigoureuse impulsion ». C’est durant cette période de calme (1713-1744) que « George Washington vint au monde, le 22 février 1732, « vers dix heures du matin » (…) Il était le quatrième fils, mais le cinquième enfant, d’Augustin Washington, descendant ainsi, à la troisième génération, de John Washington, fils du recteur de Purleigh. (p. 36) ».