..

Dinesh D’Souza est né à Bombay et quitta son pays en 1978 pour les États-Unis avec le concours d’une bourse d’étude. Il est originaire d’une famille de Brahmanes, convertie cependant au christianisme. L’essai qu’il nous propose ici est un plaidoyer pour la civilisation américaine qui, selon D’Souza, est celle qui à l’heure actuelle propose aux individus les conditions les plus propices à son épanouissement. L’ouvrage est préfacé par Jean-François Revel, qui n’en est pas à son premier coup d’essai sur cette thématique si l’on considère les différents essais qu’il a déjà signé de sa propre main, comme Ni Marx, Ni Jésus ou L’obsession anti-américaine.

  1. Préface de Jean-François Revel à Pourquoi il faut aimer l’Amérique
  2. Une oraison funèbre. Le dilemme de Périclès et le nôtre
  3. Pourquoi tant de haine ? L’Amérique et ses ennemis
  4. Deux fois hourra pour le colonialisme. Comment l’Occident a triomphé

Dinesh D’Souza « Quoi qu’il arrive, c’est nous qui

avons la mitrailleuse Maxim, pas eux. »

HILAIRE BELLOC

 

Dans ce chapitre, Dinesh D’Souza entreprend une fois de plus de démonter pièce par pièce les sophismes servant de socle à la haine anti-américaine. Ici, il tend à montrer que, d’après son expérience, son vécu, sa réflexion, le colonialisme ne serait pas une si mauvaise chose que ce que l’on prétend. L’association entre colonialisme et Occident est bien ancrée dans nombre de cerveaux, fruit de l’éducation multiculturaliste qui est communément dispensée. L’idée que l’Occident n’aurait triomphé que grâce au colonialisme, à l’oppression des autres peuples, à l’esclavagisme, est selon D’Souza une idée reçue qu’il prétend ici éliminer.

D’abord, le fait que l’on abjure le colonialisme dans les pays du tiers-monde anciennement colonisés. Pour prendre le cas de l’Inde, il se trouve que la structure politique, la constitution est totalement calquée sur celle de la constitution britannique. « Les Britanniques ont quitté l’Inde en 1947. L’Inde est devenue libre. Les Indiens auraient pu sans peine se débarrasser de leur costume-cravate pour remettre leurs vêtements traditionnels. Ils pouvaient renouer avec leurs anciennes formes tribales de gouvernement. Ils auraient pu proscrire la langue anglaise et imposer l’éducation en hindoustani ou dans une langue indigène. Or, ils n’en ont rien fait. Ils ont décidé par eux-mêmes, et à leur avantage, de perpétuer maintes pratiques apprises des Britanniques. »

Cette réalité choque forcément les multiculturalistes, et ces derniers feignent souvent de ne pas la voir. Au contraire, ceux-ci persistent dans leur jugement. Ils reprochent notamment l’eurocentrisme. D’Souza explique au contraire qu’il est tout à fait justifié de placer l’Europe au centre des choses si l’on prend on compte le fait que c’est celle-ci qui a dominé le monde au bas mot 5 siècles durant. C’est d’ailleurs l’Europe qui a donné les autres noms d’Afrique, d’Asie, de Moyen-Orient aux autres continents et régions du monde. Pour en revenir à l’Inde, c’est une invention occidentale, fruit de la fusion de plusieurs royaumes tribaux. D’Souza accuse les multiculturalistes de minimiser les acquis militaires, économiques, politiques et culturels conquis par l’Occident. Les multiculturalistes ne voient pas le monde tel qu’il est. Ils présentent par exemple l’Afrique comme un musée d’archaïsme, d’un continent sans cesse opposé à la modernité, alors qu’il n’en est rien. Pour preuve, D’Souza cite une anecdote : le combat organisé au Zaïre entre Geoges Foreman et Mohamed Ali. Tous deux étaient habillés de costumes traditionnels africains, mais à leur sortie de l’avion, force leur était de constater qu’ils étaient les seuls dans ces tenues. Tous les officiels zaïrois étaient en effet vêtus du très occidental costard-cravate.

Qu’est-ce qui a rendu cette suprématie de la civilisation occidentale possible ? Pour répondre à cette question, D’Souza tente de retracer en quelques pages l’évolution de trois grandes civilisations : la civilisation chinoise, la civilisation islamique, et bien évidement, la civilisation occidentale.

C’est ainsi qu’en 1500, la Chine et le monde arabo-musulman rayonnaient. La première, sous la dynastie des Ming, avec ses astronomes, ses inventeurs (la boussole, l’imprimerie, la poudre à canon) promettait à celle-ci un bel avenir le long chemin du progrès, grâce notamment à la bureaucratie méritocratique confucéenne. Le monde islamique n’était quant à lui pas en reste, puisque son « empire », si l’on peut dire, s’étendait sur les 3 continents que sont l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Ils y édifièrent de grandes et splendides villes comme Bagdad, Damas, Le Caire dont Les milles et une nuits n’ont de cesse de nous rappeler les beautés et les charmes. L’islam produisit même de grands penseurs comme Ibn Sinâ, Ibn Ruchd, Ibn Khaldûn, al-Ghazâlî, al-Fârâbî et al-Kindî. L’Occident quant à lui restait coincé dans le Moyen-Age et ses archaïsmes. Selon certains voyageurs musulmans en Europe qui ont pu confier leurs impressions par écrits, les Occidentaux n’étaient que des barbares.

Comment l’occident, qui possédait tant de retard, a pu le rattraper et dépasser les autres ? D’Souza confronte plusieurs point de vue.

Il commence par l’approche dite « environnementaliste » d’après laquelle c’est la géographie qui crée l’histoire. Selon ces auteurs, l’Europe aurait bénéficié dès son jeune age d’avantages naturels indéniables. Mais ceci n’explique pas pourquoi l’Europe aurait attendu le XVIème siècle pour en tirer profit.

La deuxième théorie, beaucoup plus en vogue, est celle de l’oppression. C’est en fait le colonialisme, l’esclavagisme, l’ethnocentrisme, en un mot l’oppression, qui auraient permis à l’Occident de triompher. Selon les multiculturalistes, l’Occident devrait donc aujourd’hui payer les crimes passés, que cela soit compris soit en monétaire, soit en sang (voir le très célèbre Les damnés de la Terre de Frantz Fanon, préfacé par le non moins célèbre Jean-Paul Sartre).

S’il serait faire preuve d’une grande malhonnêteté intellectuelle que de prétendre que le colonialisme, l’esclavage et l’éthonocentrisme n’ont jamais fait partie de l’histoire de l’Occident, il n’en reste pas moins que ce n’est en revanche pas le privilège de notre civilisation.

Pour ce qui est de l’éthonocentrisme, s’il est vrai que cette tradition occidentale a commencé avec les Grecs, très raciste à l’encontre des non-Grecs, s’il est vrai que cette tradition s’est même encore entretenue jusque dans un passé récent et peu glorieux, il n’en reste pas moins que ce n’est en aucun cas un monopole occidental. Les Chinois avaient par exemple tendance à considérer leur pays comme l’Empire du Milieu (au milieu, au centre). Les cartes géographiques de bon nombre de pays ne peuvent être comprises que si l’on place leur pays au centre. Les anthropologues montrent d’ailleurs que même les tribus les plus primitives peuvent se montrer ethnocentriques. D’Souza en conclut donc que si l’ethnocentrisme n’est pas une spécificité occidentale, c’est plutôt l’idée de vouloir vaincre cette dynamique qui est occidentale. Seuls les occidentaux sont capables de penser que l’Autre est capable de civilisation. L’Occident s’est également montré ouvert aux autres cultures et c’est ainsi que nous avons récupéré les écrits grecs d’Aristote par Averroès, qui ont durement influencé la scolastique chrétienne. Ce sont des Arabes, ou plutôt des Hindous que nous avons hérité notre système de numération. L’effondrement de la civilisation chinoise peut en revanche s’expliquer par son attitude autarcique, dont la construction de la grande muraille de Chine, autre preuve par ailleurs du merveilleux génie chinois, est le symbole. C’est ainsi que l’invention de l’imprimerie ne leur a guère profité puisqu’elle ne servait qu’aux cercles fermés du pouvoir. En Occident en revanche, celle-ci a permis l’impression de la Bible et donc à amorcer une démocratisation de la culture religieuse, fait qui permit d’aboutir à la Réforme protestante.

« Si l’ethnocentrisme n’est pas occidental, qu’en est-il du colonialisme ? » interroge D’Souza. Ce n’est pas non plus l’apanage de l’Occident. En effet, pour reprendre l’exemple de l’Inde, celle-ci fut avant les Britanniques colonisées tour à tour par les Perses, les Afghans, Alexandre le Grand, les Arabes, les Mogols et les Turcs. À en croire cette accusation apparentant cette fâcheuse manie au seul Occident, il n’y aurait jamais eu d’Empire perse, d’Empire macédonien, d’Empire islamique, d’Empire mongol, d’Empire chinois, d’Empire aztèque et inca. La Grèce fut également conquise par Rome, qui fut vaincue par les invasions des Huns, des Vandales, des Lombards et des Wisigoths.

Constatant une fois de plus qu’il ne s’agit pas d’une exclusivité occidentale, D’Souza en passe à l’analyse de l’esclavage. Il cite l’ouvrage du sociologue antillais Orlando Patterson, Slavery and Social Death : « L’escalage existe depuis l’aube de l’histoire humaine, dans les sociétés les plus primitives comme dans les plus civilisées. Il n’est pas une région sur terre qui n’ait, à un moment ou à un autre, connu cette institution. ». C’est ainsi que les Sumériens, les Babyloniens, les Egyptiens, les Chinois, Indiens, Arabes eurent recours à cette pratique. « Les Indiens d’Amérique pratiquèrent l’esclavage bien avant que Christophe Colomb ne mit le pied sur ce contient. ». Bon nombre de Rois et Empereurs de l’Afrique subsaharienne marchandèrent leur propre peuple avec les traiteurs Européens. Au Libéria, les anciens esclaves américains affranchis eurent tôt fait d’adopter les mêmes pratiques quant à leurs « frères » une fois en Afrique, comme le rapporte Ryszard Kapusinski dans Ebène.

Mais si l’esclavage n’est encore une fois de plus pas une exclusivité occidentale, « quel est le propre de l’Occident ? » C’est « la fin de l’esclavage ! L’abolition est une institution exclusivement occidentale. » Comme le rapporte l’historien J.M. Roberts « Hormis l’Occident, aucune civilisation n’a été capable de l’éradiquer. ». Si les descendants des esclaves d’aujourd’hui sont libres, c’est grâce aux efforts de l’homme blanc. À ce propos, D’Souza rapporte un fait peu connu : durant les prémices de la fin de l’esclavagisme, des chefs africains envoyèrent en Occident des émissaires chargés de militer contre l’abolition.

Lorsque l’on demanda à Mohammed Ali ce qu’il pensait de l’Afrique après son combat et sa victoire sur Georges Foreman, Ali répondit : « Grâce à Dieu, mon grand-père a pris ce bateau ! ». C’est-à-dire que celui-ci pensait que sa vie aurait été pire là-bas qu’ici. Lorsque l’on demandait au Mahatma Gandhi ce qu’il pensait de la civilisation occidentale, celui-ci répondait, « ce serait une bonne idée, je crois ».

Les Britanniques développèrent les infrastructures de l’Inde, et remplacèrent la Justice « tribale » par le modèle britannique. Ils firent découvrirent aux Indiens des mots inconnus tels que « liberté », « souveraineté », « droits », « tolérance ». C’est pourquoi, d’après D’Souza, le plus grand bienfait de l’influence occidentale en Inde a été de leur avoir enseigné le « langage de la liberté ». C’est ainsi que les colons ont introduits « les armes idéologiques » qui encouragèrent la rébellion. Comme l’écrit l’écrivain afroaméricain Zora Neal Hurston : « L’esclavage est le prix que j’ai payé pour la civilisation et elle vaut bien tout ce que j’ai payé pour elle par ancêtres interposés. ».

C’est pourquoi D’Souza en conclut à l’invalidité totale de la thèse de la richesse de l’occident par l’oppression. Il rajoute un fait à son argumentation, à propos des matières premières prétendument pillées par l’Occident dont le tiers-monde était soi-disant bondé.

Pour D’Souza, la force de l’Occident réside dans son invention de la science, de la démocratie et du capitalisme. La science a permis le progrès, et celui-ci fut possible car le christianisme a permis de croire en lui. La démocratie et le capitalisme quant à eux sont les enfants des aspirations naturelles qu’a l’homme à vouloir être libre. C’est l’interaction de ces trois institutions que sont la science, la démocratie et le capitalisme qui a permis l’essor de la civilisation occidentale. De ce point de vue « le colonialisme et l’impérialisme ne sont pas la cause de la réussite de l’Occident : ils en sont le résultat. ».