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Propriété privéeLes théories du droit naturel posent comme principe le fait que tout homme a droit à la propriété, et que c’est autour de cette notion que s’articule tout fonctionnement de la société. Il convient donc de définir le plus exactement possible cette notion de propriété, tout en rappelant les fondements des théories du droit naturel.

À l’état primitif de la société (désigné aussi par état de nature), c’est-à-dire en dehors de toute civilisation, l’homme était le seul habilité à décider de ce qui était bien ou mal, en fonction des seuls critères qu’il aura définis lui-même. Dans cet état primitif, c’était bien entendu par rapport à la survie, à l’auto-conservation qu’il jugeait la valeur des choses : était mal ce qui lui nuisait, bien ce qui le favorisait. Aujourd’hui, cette notion a pu évoluer, et l’on peut juger, toujours subjectivement, qu’une chose est bien si elle nous procure du plaisir, ou mal si elle nous provoque des peines.

Nul n’était donc en situation de décider à la place des hommes ce qu’ils devaient ou non faire. Les hommes étaient souverains, et dans ce sens, propriétaires. Propriétaires, en premier lieu, de leur personne : la première chose que tout individu est en droit d’être propriétaire naturellement est ça personne, c’est à dire son corps, et c’est à lui seul qu’il revient le choix d’en user, car comme nous l’avons montré ci-dessus, lui seul est en mesure de décider de ce qui est bien ou mal.

Ainsi, l’homme possède son corps, entité que l’on pourrait qualifier de matérielle, mais également de sa raison (on désigne par ce terme tous les termes tels que âme, esprit, conscience, etc.), que l’on qualifiera dans ce cas d’entité immatérielle. Mais dans les deux cas, on désigne par ces deux choses ce que l’on désigne sous le nom de propriété intérieure, c’est-à-dire ce que tout homme possède à l’état naturel.

La propriété se limite-t-elle seulement à la propriété intérieure ? On pourrait être tenté de répondre par l’affirmative. Ce serait cependant ignorer un facteur très important dans l’homme qui est le travail. Le travail que produit un homme lui appartient. C’est en quelque sorte un investissement que celui-ci produit en risquant son capital initial, c’est-à-dire sa propriété intérieure (son corps, sa raison), pour en récolter autre chose, que l’on désignera par propriété extérieure.

En effet, l’homme qui creusera, sèmera des graines de blé, moissonnera les épis, moudra les grains et produira son pain engage son capital personnel dans une entreprise. Il usera son corps à produire du pain, ou plutôt, il échangera en quelque sorte sa santé physique contre du pain. Il s’agit donc d’un échange commercial vis-à-vis de la nature.

Donc, l’homme dispose naturellement de son travail, et des fruits de son travail. Quelqu’un qui tenterait de s’approprier le pain de l’homme à l’encontre de sa volonté, enfreindrait de ce fait les normes fixées par le droit naturel à plusieurs titres. Il enfreint pour commencer la volonté du possédant, or celui-ci est selon le droit naturel souverain et c’est à lui seul qu’il convient de décider comment user de sa propriété. Il viole ensuite le principe qui veut que la propriété extérieure s’approprie à la suite d’un échange, soit vis-à-vis de la nature (dans ce cas, on échange se propriété intérieure), soit vis-à-vis des autres hommes (où l’on échange dans ce cas plus volontiers la propriété extérieure que l’on est en mesure de déjà posséder, mais où l’on peut également échanger sa propriété intérieure comme dans le cas par exemple du travail salarié où le salarié met à la disposition de l’employeur sa force de travail et où ce dernier le rétribuera par de la propriété extérieure).

Mais la notion de propriété peut parfois sembler plus floue dans certains cas, et notamment par rapport aux entités immatérielles. En effet, les hommes sont naturellement propriétaires de leur pensées. Il serait donc logique que ce qu’ils produisent par la pensée leur revienne de plein droit. L’écrivain va user de son capital intérieure pour produire une œuvre littéraire extérieure.