Articles pour la catégorie : 'Philosophie'

Les ongles de Deleuze

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Gilles DeleuzeDans les Pourparlers, qui sont à Deleuze ce que les Dits et Ecrits, en gros et en plus gros, sont à Foucault, on lit :

Deuxième exemple : mes ongles qui sont longs et non taillés. À la fin de ta lettre tu dis que ma veste d’ouvrier (ce n’est pas vrai, c’est une veste de paysan) vaut le corsage plissé de Marilyn Monroe, et mes ongles, les lunettes noires de Greta Garbo. Et tu m’inondes de conseils ironiques et malveillants. Comme tu y reviens plusieurs fois, à mes ongles, je vais t’expliquer. On peut toujours dire que ma mère me les coupait, et que c’est lié à Œdipe et à la castration (interprétation grotesque, mais psychanalytique). On peut remarquer aussi, en observant l’extrémité de mes doigts, que me manquent les empreintes digitales ordinairement protectrices, si bien que toucher du bout des doigts un objet et surtout un tissu m’est une douleur nerveuse qui exige la protection d’ongles longs (interprétation tératologique et sélectionniste). On peut dire encore, et c’est vrai, que mon rêve est d’être non pas invisible, mais imperceptible, et que je compense ce rêve par la possession d’ongles que je peux mettre dans ma poche, si bien que rien ne me paraît plus choquant que quelqu’un qui les regarde (interprétation psycho-sociologique). On peut dire enfin : « Il ne faut pas manger tes ongles parce qu’ils sont à toi ; si tu aimes les ongles, mange ceux des autres, si tu veux et si tu peux » (interprétation politique, Darien). Mais toi, tu choisis l’interprétation la plus moche : il veut se singulariser, faire sa Greta Garbo. En tout cas c’est curieux que, de tous mes amis, aucun n’a jamais remarqué mes ongles, les trouvant tout à fait naturels, plantés là au hasard comme par le vent qui apporte des graines et qui ne fait parler personne.

Gilles Deleuze, « Lettre à un critique sévère », Pourparlers 1972-1990, p. 13-14.

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Reductio ad hitlerum et relativisme

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Léo StraussLa reduction ad hitlerum et le relativisme correspondent chacun à deux travers de la raison, deux attitudes opposées quant au problème de l’identité et de la différence, de l’un et du multiple, du même et de l’autre.

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Qu’est-ce que l’humanisme ?

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Michel FoucaultJ’entends par humanisme l’ensemble des discours par lesquels on a dit à l’homme occidental : « Quand bien même tu n’exerces pas le pouvoir, tu peux tout de même être souverain. Bien mieux : plus tu renonceras à exercer le pouvoir et mieux tu seras soumis à celui qui t’est imposé, plus tu seras souverain. » L’humanisme, c’est ce qui a inventé tour à tour ces souverainetés assujetties que sont l’âme (souveraine sur le corps, soumise à Dieu), la conscience (souveraine dans l’ordre du jugement ; soumise à l’ordre de la vérité), l’individu (souverain titulaire de ses droits, soumis aux lois de la nature ou aux règles de la société), la liberté fondamentale (intérieurement souveraine, extérieurement consentante et accordée à son destin). Bref, l’humanisme est tout ce par quoi en Occident on a barré le désir du pouvoir – interdit de vouloir le pouvoir, exclu la possibilité de le prendre. Au cœur de l’humanisme, la théorie du sujet (avec le double sens du mot). C’est pourquoi l’Occident rejette avec tant d’acharnement tout ce qui peut faire sauter ce verrou. Et ce verrou peut être attaqué de deux manières. Soit par un « désassujettissement » de la volonté du pouvoir (c’est-à-dire par la lutte politique prise comme lutte de classe), soit par une entreprise de destruction du sujet comme pseudo-souverain (c’est-à-dire par l’attaque culturelle : suppression des tabous, des limitations et des partages sexuels ; pratique de l’existence communautaire ; désinhibition à l’égard de la drogue ; rupture de tous les interdits et de toutes les fermetures par quoi se reconstitue et se reconduit l’individualité normative). Je pense là à toutes les expériences que notre civilisation a rejetées ou n’a admises que dans l’élément de la littérature.

Michel Foucault, « Par-delà le bien et le mal », novembre 1971 in Dits et écrits, I, p. 1094-1095.

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Pour la réunification des sciences de l’homme et des sciences de la nature

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Jean-Marie SchaefferOn a récemment pu nous chahuter concernant la lecture que nous faisions de la philosophie aujourd’hui. Entre les quatre chapelles ideal-typiques de la philosophie que sont la phénoménologie, la philologie, l’analytique et la pluridisciplinarité, nous plaidions pour cette dernière, convaincus qu’elle restait l’une des seules voies autorisant la production de connaissances légitimes et pertinentes.

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La philosophie aujourd’hui

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Michel FoucaultFaire de la philosophie est aujourd’hui fondamentalement différent à hier. Plus exactement, faire de la philosophie est différent depuis au moins la fin du XIXe siècle. La période que l’on nomme la Belle Époque (disons, 1870 – 1914) ne l’était que de nom. Pendant que le monde se modernisait, les consciences européennes souffraient.

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Platon, Le Domosogène

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PlatonSOCRATE – Dis-moi, Ô Etranger, ton talent est-il à la hauteur de ta réputation, et de ton nom même ?

DOMOSOGÈNE – Socrate, j’ose le dire. Domosogène, « le constructeur de maison », est le plus grand maçon de tous les Grecs. Oui Socrate, j’ose le dire. Phidias lui-même n’égale pas mon talent. Le Parthénon que tu vois n’aurait pas été construit sans les conseils avisés que je donnais à lui, à Callicratès et à Ictinos. C’est moi qui conseillait Périclès pour l’approvisionnement du ciment.

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Jean-François Kahn, Où va-t-on ? Comment on y va…

Choses dites, choses vues, Doxographies, Philosophie, Politique 7 commentaires »

Jean-François Kahn« Quand Jean-François Kahn devient philosophe ». Cette annonce méritait bien la une du Point de cette semaine1. C’est aussi écrit sur la tranche du magazine pour que les lecteurs archivant leurs numéros puissent retrouver facilement cet exemplaire annonçant cette si heureuse nouvelle. Jean-François publie ces jours-ci « un vrai traité de philosophie » (sic) « malicieusement intitulé Où va-t-on ? Comment on y va… » Problématique : « L’Histoire a-t-elle un sens ? Où le « progrès » nous mène-t-il ? »

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Cyclosophie

Philosophie, Sport studies 1 commentaire »

La Dali mobileOn peut affirmer sans trop se tromper que de tous nos philosophes, seul Cioran fut véritablement cycliste. « J’ai parcouru la France entière à bicyclette » a-t-il un jour affirmé, mais il se ventait beaucoup.

 

Mais qu’auraient fait tous les autres philosophes, s’ils avaient pédalé ?

 

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Considérations sur la peine de mort

Modes d'emploi, Philosophie, Politique, Société Pas de commentaire »

Le pendu« Je suis contre la peine de mort, sauf pour les pédophiles et les terroristes »… N’est-ce pas Pasqua qui avait dit cela en substance? Mais combien d’autres que lui seraient d’accord avec cette affirmation? A fortiori depuis que l’actualité nous ressert ces plats brûlants.

Trois Mille Ans de Civilisation, d’une marche difficile de l’Obscurité vers les Lumières, de la Barbarie vers l’Humanisme, d’efforts difficiles, longs, constants, pour qu’on en arrive à cela1… Comme si la peine de mort pouvait d’une quelconque façon être justifiée!

Ce serait oublier que la justice n’est rien d’autre qu’un calcul consistant à régler et harmoniser les intérêts de trois partis : la victime, le coupable, et la société. Car la balance de la justice n’a pas deux mais trois plateaux. Avec la peine de mort, son équilibre est rompu, ce qui doit faire faire à Beccaria des triples sauts dans sa tombe.

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Qu’est-ce que la philosophie ?

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Jacques BouveresseDe par mon « background » philosophique, je me sens plus proche de l’opinion d’un Bouveresse, proche du positivisme logique, de la philosophie analytique, etc.

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