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SocrateLe Gorgias est-il encore socratique, comme semblait le penser Popper ? Pourtant, Socrate y blâme Périclés. Il souhaite ne pas répondre aux besoins des Athéniens mais plutôt aller à leur encontre en les rendant plus justes : c’est la porte ouverte à la tyrannie de la République. Soit ce dialogue est platonicien et on peut y voir là l’empreinte de Platon. Soit il est socratique et cela signifie que Socrate avait aussi certains penchants totalitaires.

Dans le Gorgias toujours, il est amusant de voir la stratégie employée par Socrate/Platon pour réprimer la pensée nietzscheo-dionysiaque de Calliclès. 1) Calliclès dit qu’un homme qui réprime ses désirs n’est rien d’autre qu’un caillou mort (à quelque chose près), ce qui est vrai. 2) Socrate montre que le désir de puissance, s’il n’est pas réprimé, est nuisible. 3) Il faut réprimer ce désir, et, partant, tous ses désirs. D’où vient cette opposition aux désirs ? Elle peut être platonicienne : la doctrine de l’homme réglé, ordonné, maître de ses désirs énoncée dans le Gorgias n’est pas sans rappeler ce qui sera soutenu dans la République ; d’autant plus qu’il me semble qu’il y a aussi dans le Gorgias, si mes souvenirs sont bons, comme une ébauche de comparaison, d’analogie entre ce qui se passe dans l’âme et ce qui se passe dans la Cité ; d’ailleurs, le bon gouvernant n’est-il pas dans le Gorgias quelqu’un qui sait être raisonnable et dompter ses passions ? Ou bien cette doctrine de la répression pulsionnelle est authentiquement socratique. Mais en ce cas, comment comprendre que Socrate ait pu servir de modèle à un Diogène ?

Pour résoudre toutes ces difficultés, il faudrait retrouver le vrai Socrate. Mais pourquoi celui-ci n’a-t-il rien écrit ? Cela ne facilite pas la tâche. Il nous faut nous contenter des récits de Platon, Aristophane, Xénophon, et d’écrits indirects mais plus contemporains comme Aristote ou Diogène Laërce. Qui était Socrate ? Qui était Platon ?

Visiblement, Platon était un homme torturé (si l’on attribue les deux premiers points à celui-ci) par ses désirs. Il croyait « aux contes de bonnes femmes » (ou était-ce Socrate? Duhot semble dire qu’il y avait beaucoup de mystique en lui; cela ne serait donc pas étonnant), et cherchait à se persuader lui-même que ce qu’il disait était vrai. Tout cela pour justifier l’esclavage du corps.

Socrate était-il tel que Platon le décrit ? En somme, le Socrate de Nietzsche existait-il vraiment ? Ou bien Nietzsche devrait-il plutôt blâmer Platon, le seul vrai responsable de la mort pulsionnelle de l’homme de laquelle Socrate serait innocent ?