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Emmanuel Kant D’après Philonenko, la critique fut pensée en latin et écrite en allemand.

Préface à la 1ère édition (1781)

Kant entend définir les limites de la raison pure, c’est-à-dire en dehors de toute expérience. Il veut étudier à quelles conditions une métaphysique est possible, si elle est possible.

Préface à la 2ème édition (1787)

Kant va de la logique, des mathématiques, de la physique, jusqu’à la métaphysique, laquelle il entend réformer pour en faire une vrai science. Ainsi, Kant veut négativement (p. 82) empêcher la raison spéculative d’aller au delà des limites de l’expérience, mais aussi positivement restreindre l’usage de la raison pure au seul domaine morale (Kant, Méthodologie philosophique)

« Il me fallait donc mettre de coté le savoir afin d’obtenir de la place pour la croyance (p. 85) »

Le dogmatisme (p. 87) est « la prétention d’aller de l’avant uniquement à l’aide d’une connaissance pure par concepts »

La critique, le criticisme se détache du scepticisme, elle veut « l’établissement progressif d’une métaphysique solide possédant la valeur d’une science (p. 88) »

La critique de la raison pure, la raison pure étant l’instrument de recherche de la métaphysique, est indispensable à cette réforme de la métaphysique.

 

INTRODUCTION (p. 93)

1 – De la différence entre la connaissance pure et la connaissance empirique (p. 93)

« Nulle connaissance, d’un point de vue chronologique, ne précède en nous l’expérience »

Mais tout ne dérive pas de l’expérience.

Les connaissances a priori sont hors du champ de l’expérience.

Les connaissances a posteriori prennent leurs sources dans l’expérience.

Les connaissances a priori pure (transcendantales) sont hors de tout empirisme.

 

2 – Nous sommes en possession de certaines connaissances a priori (p. 94)

La pensée d’une proposition exprimant sa nécessité, c’est-à-dire qui ne peut pas ne pas être, en fait une proposition a priori.

Si elle n’est pas dérivée d’autres propositions nécessaires, elle est absolument a priori.

L’expérience ne donne aux jugements qu’une universalité supposée et comparative et non une universalité véritable ou rigoureuse.

Un raisonnement pensé sans qu’aucune exception ne soit possible est a priori et ne peut être déduit de l’expérience.

« Nécessité et rigoureuse universalité sont les critères sûrs d’une connaissance a priori (p. 95) »

Ce qui est empirique est contingent, c’est-à-dire qu’il pourrait ne pas être (cf Leibniz et son soleil). L’expérience, pour avoir une certaine valeur de certitude, nécessite des principes a priori, c’est-à-dire ne pouvant venir de l’expérience.

Si l’on pense un objet et que l’on supprime de notre entendement tout ce qu’on apprit de lui par l’expérience, alors il ne reste dans notre esprit que sa substance que nous connaissons a priori.

 

3 – La philosophie requiert une science qui détermine la possibilité, les principes et l’étendue de toutes les connaissances a priori (p. 97)

La métaphysique, dont la méthode est dogmatique, s’investit en dehors du champ de l’expérience qui peut éventuellement la rectifier. Ces objets sont par exemple Dieu, la liberté et l’immortalité.

Malgré le risque d’erreur, la raison va quand même s’aventurer dans ces domaines. Toutes ces connaissances sont a priori.

Les mathématiques fournissent un bon exemple de la réussite de connaissance a priori. Du coup est-on tentés d’aller plus loin. On est tentés de sortir du sensible pour s’aventurer dans l’entendement pur (Platon) mais cela est vain car rien ne se trouve pour solidifier ces connaissances. Il n’y a pas de base solide.

L’objet de la raison est de clarifier les concepts a priori pour pouvoir valider la solidité d’un raisonnement spéculatif et vérifier les jugements établis entre ces concepts.

 

4 – De la différence des jugements analytiques et synthétiques (p. 100)

Il n’y a que deux sortes de jugements :

  1. jugements analytiques (ou explicatifs) :

    Jugement analytique

  2. jugements synthétiques (ou extensifs) :

    Jugement synthétique

 

Dans le premier cas, la connexion est pensée par identité et dans le deuxième cas sans identité. Les premiers n’ajoutent rien au concept (il était déjà pensé en lui, bien que confusément), les deuxièmes ajoutent un prédicat qui n’était pas pensé en lui.

Les jugements d’expériences sont tous synthétiques car ils ne peuvent pas être analytiques, vu que s’ils l’étaient, il n’y aurait pas besoin de sortir du concept, ce que fait justement l’expérience.

Ex : analytiquement, je découvre qu’un corps a une étendue. Mais je ne découvre que synthétiquement (par l’expérience) qu’il a une pesanteur.

Jugement d’un corps pesant

Pour ce qui est des jugements synthétiques a priori, je n’ai par définition pas l’expérience pour aller du concept A au concept B. Comment faire?

Ex : « Tout ce qui arrive a une cause »

Le jugement d’une cause suivie d’effet

C’est sur ce comment, c’est-à-dire « c’est sur de tels principes synthétiques, c’est-à-dire extensifs, que reposent dans son intégralité la visée finale de notre connaissance spéculative a priori (p. 103) »

Les principes analytiques sont importants mais ne servent qu’à accéder à la clarté des concepts.

 

5 – Dans toutes les sciences théoriques de la raison sont contenus des jugements synthétiques a priori (p. 103)

a – « Les jugements mathématiques sont tous synthétiques (p 103) »

 

  • analytiquement

7 + 5 = 12

  • synthétiquement

7 + 5 = 12

Jugement analytique de la ligne droite

b – « La science de la nature (physica) contient en elles des jugements synthétiques a priori (p 105) »

ie : « Dans tous les changements du monde des corps, la quantité de matière demeure inchangée (p. 106) »

1) proposition nécessaire, donc a priori. 2) synthétique car la permanence n’est pas pensée dans la matière

c – Métaphysique (p 106)

Elle ne sert pas qu’à clarifier analytiquement les concepts, mais à construire dessus.

 

6 – Problème général de la raison pure (p 106)

« Comment des jugements synthétiques a priori sont-ils possibles? (p 106) »

Le problème de la métaphysique et qu’elle « soit demeurée à ce point précaire d’incertitude et de contradictions (p. 107) » est peut-être qu’elle n’a même pas établie de différence entre jugements synthétiques et analytiques.

« L’effondrement ou la survie de la métaphysique (p. 107) » dépend de ce problème.

Dans cette question sont également inclues les questions « comment une mathématique pure est-elle possible? Comment une physique pure est-elle possible ? Comment la métaphysique est-elle possible comme disposition naturelle ? »

« Comment la métaphysique est-elle possible comme science ? » Ou bien la raison pure permet de répondre aux questions que l’homme se pose sur le plan métaphysique, ou bien il faut poser des bornes à la raison pure.

La critique de la raison pure en tant que science a pour propre objet d’étude elle-même. Elle doit empêcher à terme les contradictions de la raison pure avec elle-même.

 

7 – Idée et division d’une science particulière portant le nom de critique de la raison pure (p. 110)

« La raison est le pouvoir qui fournit les principes permettant de connaître quelque chose a priori (p. 110) »

« La raison pure est ce qui permet de connaître quelque chose absolument a priori (p. 110) »

En raison de la difficulté de l’établissement d’un tel organon, Kant en reste à une propédeutique qu’il nomme critique et qui n’est pas une doctrine. Il veut clarifier et non élargir le champ de la raison pour le préserver d’erreurs.

« Je nomme transcendantale toute connaissance qui s’occupe en général moins d’objets que de notre mode de connaissance de ces objets, en tant que celui-ci doit être possible a priori (p. 110) »

« La philosophie transcendantale est une philosophie de la raison pure simplement spéculative »

La division de la critique comprendra donc une théorie des éléments et une théorie de la méthode.

Il y a deux souches de la connaissance humaine : la sensibilité (les objets nous sont donnés) et l’entendement (les objets sont pensés).

Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, 1781 (1ere édition) 1787 (2ème édition)