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Blaise PascalÀ l’état primitif de la société, en dehors de toute civilisation, les hommes étaient tout à fait libres et égaux, et chacun avait un droit sur tout, de faire ce qu’il voulait. Ils disposaient librement d’eux-mêmes, et eux seuls étaient donc habilités à décider de ce qui était utile ou non pour eux, ce qui était Bien ou Mal pour eux. Mais chacun poursuivant son propre avantage au détriment d’autrui, il en résultait un état de guerre permanent, la guerre de tous contre tous, de chacun contre chacun. « L’homme est un loup pour l’homme » (Hobbes).

Ainsi, pour sortir de cet état de guerre, il était nécessaire aux hommes de céder une partie de leur liberté en échange de sécurité. C’est pourquoi ils cédèrent leur droit, leur liberté à se faire justice eux-mêmes à une entité supra-individuelle : l’État. L’État doit donc assurer primordialement la sécurité, et les hommes doivent se soumettre à sa volonté. L’État dispose donc, de par le libre consentement entre les hommes qui lui sont soumis, du « monopole de la violence légitime » (Weber). Celui-ci doit dont l’utiliser pour le bien commun, et faire respecter le droit naturel (jus naturalis). Quiconque empiète sur le droit naturel d’autrui doit être empêché de nuire par l’État par quelque moyen que ce soit, y compris la force.

« La justice sans la force est impuissante (…) La justice sans force est contredite car il y a toujours des méchants » (Pascal). La justice est le droit naturel. Mais sans utiliser la force pour le défendre, elle est vouée à être corrompue. Le terroriste, lui, a la force. Mais pas la justice. « La force sans la justice est tyrannique (…) La force sans la justice est accusée » (Pascal). C’est pourquoi le terroriste est tyrannique.

Hobbes l’a montré. Le monde est naturellement prédisposé pour être anarchique. Sans quelqu’un ou quelque chose capable de supprimer la force aux individus composant ce monde, de désarmer les terroristes, les hommes resteront des loups. Il est donc nécessaire d’employer la force. Nous vivons dans un monde hobbesien. La paix perpétuelle dont rêvait Kant n’est bonne que pour ceux qui sont déjà passés par la « castration » hobbesienne, c’est-à-dire aujourd’hui, les Européens. N’oublions pas que la création de l’Europe était vue comme le seul et unique moyen de stoper les guerres entre nations (Robert Schumann). C’est ainsi que les états européens ont renoncé à la force, pour vivre en paix, et se sont accordés à vivre dans un monde kantien, avec un gouvernement européen suprême qui accorde et règle les conflits entre-eux, en évitant le sang. Les Européens pensent que ce modèle peut être appliqué au monde entier, et c’est pourquoi ils pensent que l’ONU peut régler tous les problèmes.

Mais malheureusement, le monde n’est pas kantien. Il est hobbesien. Il est utopique de croire que le monde peut s’accorder sans un Léviathan (Hobbes). Et plutôt que de donner la force à la justice, peut-être est-il préférable de donner la justice à la force ?