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Arthur SchopenhauerQue l’on cherche bien comment on fonde la morale. Par le théologique ? Dogme. Par la raison ? On retombe sur un dogme selon tous les raisonnements. Fondez-la sur la pitié : pourquoi devez-vous être pitoyable ? Parce que. Dogme. Sur la raison : pourquoi devriez-vous agir conformément à l’impératif catégorique ? Parce que. Dogme.

En dernier recours, quelque soit le chemin, on aura toujours cette dernière remarque : parce qu’en agissant ainsi, on agit bien ; parce qu’en agissant autrement, on agit mal. Pourquoi agir bien ? Pourquoi agir mal ? Le moine : en vue de l’autre vie. Dogme. Le philosophe, suivant sa philosophie, trouvera un autre dogme. Schopenhauer : il faut agir avec pitié, car tout être est moi. Cela repose sur une métaphysique, un dogme. Kant : agis de telle sorte, etc. Pourquoi ? Car sinon vous agirez mal. Et après ? Alors il y a le Dieu postulé.

Fondez la morale sur l’utilité. Agir de telle sorte que la société bénéficie du meilleur résultat. Pourquoi ? Parce que.

Toute morale semble reposer au final sur un dogmatisme. Mais au fond, ce ne serait pas si grave : on a vu avec Popper et Hans Albert que toutes les hypothèses reposent sur un dogme (trilemme de Fries, trilemme de Münchausen) ; la seule condition est que ce dogmatisme doit être conscient de l’être, être falsifiable. Ainsi, que la morale montre qu’elle ne repose sur rien d’autre que la convention, le dogme, c’est là peut-être une avancée, quelque chose qui annoncerait peut-être la venue d’une science morale ?

Il faudra montrer le caractère non-réaliste de toute morale tout en évitant les écueils du relativisme, ce qui n’est pas une mince affaire. On devra prêcher la morale de la société ouverte : celle qui laisse le plus grand degré de liberté.