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Albert Jacquard Albert Jacquard est un éminent scientifique, déjà auteur de livres remarqués auprès du grand public, comme Petite philosophie à l’usage des non-philosophes, etc. L’ouvrage qu’il signe ici est très polémiste. En effet, de culture catholique, Albert Jacquard nous dit qu’il « a toujours cru ce qu’on lui disait », et qu’il entend maintenant faire dialoguer le scientifique qu’il est aujourd’hui avec l’enfant qu’il était hier.

Comme support à cette démonstration, il entend commenter le Credo du concile de Nicée, adopté en 325 : Je crois en un Seul Dieu le Père Tout-puissant créateur du ciel et de la terre et en Jésus-Christ son Fils unique Notre Seigneur qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce Pilate, a été enseveli, est descendu aux enfers, le troisième jour et est ressuscité des morts, est monté aux Cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts. Je crois en l’Esprit saint, à la Sainte Église catholique, à la communion des saints, à la rémissions des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle.

L’auteur entend prendre le contenu de ce Credo et de discuter celui-ci par parcelle : Je crois, Je crois en un Seul, Je crois en un Seul Dieu, etc. Il s’agit dans son ensemble d’une réfutation de cette proposition, à la lumière de la science moderne. Il utilise ainsi la génétique pour démontrer que Jésus-Christ n’aurait pas pu naître de la Vierge Marie (car le Fils doit avoir une paire de chromosome XY, sa Mère ayant des chromosomes XX, elle ne peut donc pas lui donner le Y qui doit forcement venir de quelque part), utilise les travaux de Max Plank pour réfuter à la fois le mécanisme de Laplace et le déterminisme de Calvin pour montrer que Dieu n’est pas Tout-puissant, use de la théorie des ensembles mathématiques pour montrer que Dieu n’est rien, que Dieu est forcement dans l’Univers, utilise Darwin pour montrer que le concept de résurrection est impossible, utilise Saint-Augustin et le Big-Bang pour redéfinir le concept de temps et d’éternité, etc.

Ce livre est à coup sûr forcement instructif pour qui n’est pas averti des nouveaux progrès que la science a accompli. Pour ce qui est du lecteur en l’attente d’une réflexion plus approfondie, il reste sur sa faim en face d’un tel réquisitoire pour le positivisme. Auguste Comte aurait certainement beaucoup apprécié les arguments énoncés par Albert Jacquard. Ce dernier refuse la cosmologie chrétienne, composée d’une genèse et d’une apocalypse, pour préférer un modèle plus semblable à celui utilisé par la cosmologie bouddhiste, où il n’y a ni début, ni fin, où tout a toujours était là.

Plus qu’un vibrant réquisitoire contre toute foi, cette ouvrage est avant tout un pamphlet visant à détruire l’illusion d’une croyance envers un Dieu tel que proposé par les religions monothéistes classiques. Il détruit ce genre de croyance, un peu comme Epicure détruisait jadis les Dieux à l’aide de l’atomisme de Démocrite. Mais ce n’est pas forcément impliquer l’athéisme. Ainsi en est du bouddhisme qui est une religion, même si elle n’est pas théiste. D’ailleurs, la croyance qu’a Albert Jacquard dans la vision qu’il a de l’humanité fait qu’il croit, nous avoue-t-il, à la manière d’un laïc dans le discours du Christ, mais pas forcement en ses actes. C’est dans la morale chrétienne qu’il croit, pas dans sa cosmologie ou dans sa métaphysique. Mais pourquoi croit-il en cette morale ? Cela, il ne le dit pas.