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Le Clezio

L’on parle beaucoup de mondialisation aujourd’hui. On oublie que le phénomène a commencé en Europe à la Renaissance, avec le début de l’ère coloniale. La mondialisation n’est pas une mauvaise chose en soi. La communication rend le progrès plus rapide, en médecine, ou en sciences. Peut-être que la généralisation de l’information rendra les conflits plus difficiles. S’il y avait eu internet, il est possible que Hitler n’eût pas réussi son complot mafieux – le ridicule l’eût peut-être empêché de naître.

Extrait du discours de J.M.G Le Clezio au Nobel.

Cette concession de Le Clezio au pouvoir pacificateur de l’Internet est toute rhétorique – et sotte car on peine à conceptualiser comment le réseau des réseaux aurait été capable dans les faits d’éviter le putsch de la Brasserie.

Quelques phrases après, le Nobel de littérature 2008 souligne que le cyber-virutel fait peu de poids face à la langue écrite et aux livres. Que l’Internet creuse une nouvelle fracture – la fracture numérique chère à notre ancien Président Jacques Chirac – faisant naitre de nouvelles inégalités entre ceux qui sont connectés et ceux qui ne le sont pas. Que cette mondialisation, que l’on crut présentée par l’écrivain comme porteuse de progrès, est en fait accusée par celui-ci d’être culturicide – d’avoir fait disparaître des cultures tout aussi respectables que cette civilisation occidentale souffrant d’un complexe de supériorité. Qu’il est scandaleux que les minorités Nord Américaines aient à écrire dans la langue du colon – Français ou Anglais – pour se faire entendre. Que l’art des Amérindiens est Ô combien ! plus authentique que celui de notre société de consommation – décadente, oserait-on ajouter. Que Swedenborg, auquel Kant consacra un volumineux ouvrage pamphlétaire dénonçant le délirium, fut un architecte visionnaire.

Hélas ! les médias n’ont retenu de ce discours que l’extrait ci-dessus, qui fut présenté dans nos journaux comme la sentence à méditer d’un vieux sage retiré de ce monde ayant toute l’autorité pour éclairer le peuple et allumer ses lanternes.

Dommage. S’attarder sur la suite aurait permis de prendre conscience que le Prix Nobel n’immunise pas contre ce si fâcheux penchant à relayer et proférer des platitudes. Qu’il transforme en arguments d’autorité les raisonnements qui auraient à peine permis d’obtenir l’oral de rattrapage du baccalauréat. La meilleure idée que Sartre ait jamais eu fut peut-être de le refuser.