..

Jean-Marie SchaefferOn a récemment pu nous chahuter concernant la lecture que nous faisions de la philosophie aujourd’hui. Entre les quatre chapelles ideal-typiques de la philosophie que sont la phénoménologie, la philologie, l’analytique et la pluridisciplinarité, nous plaidions pour cette dernière, convaincus qu’elle restait l’une des seules voies autorisant la production de connaissances légitimes et pertinentes.

Dans le numéro 1890 du 4 décembre 2008, Le Point produit une interview de Jean-Marie Schaeffer qui, bien qu’esthéticien, partage ce même constat, ne craignant pas ainsi de s’opposer au philosophe phénoménologue chrétien Jean-Luc Marion récemment élu à l’Académie Française, et donc à la doxa en vigueur dans l’intelligentsia.

Jean-Luc Marion est sans doute le représentant le plus « pur » de la tradition à laquelle vous vous opposez. Pouvez-vous résumer ce qui vous sépare de lui ?

La différence fondamentale entre nous tient au statut que nous accordons aux autres savoirs. La philosophie doit-elle se nourrir des autres connaissances humaines ou est-elle un mode de connaissance radicalement autonome qui peut se développer en se référant uniquement à ses propres traditions ? Pour ma part, je pense qu’une philosophie vivante doit être en dialogue avec les autres savoirs humains. Dans la conception de Marion, la philosophie a ses propres questions et ses propres outils pour y répondre. Résultat : c’est un dialogue de sourds dans la mesure où j’apporte des connaissances qui, de son point de vue, sont disqualifiées d’avance. La véritable question est celle de l’avenir de la philosophie en France. La tentation est forte pour elle de se replier sur ses fondamentaux.

Elle seule peut se permettre ce superbe isolement. La biologie ne peut pas ignorer ce que trouve la chimie. Seriez-vous en train de proclamer la fin de l’exception philosophique ?

Toute autre discipline se serait condamnée en se coupant des autres savoirs. Du reste, cette disjonction n’est apparue qu’au XIXe siècle. Il faut maintenant se demander si elle a bénéficié à la philosophie ou si elle l’a menée dans une impasse. Ce débat est toujours ouvert. Pour ma part, je plaide pour la réunification des sciences de l’homme et des sciences de la nature.