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La Dali mobileOn peut affirmer sans trop se tromper que de tous nos philosophes, seul Cioran fut véritablement cycliste. « J’ai parcouru la France entière à bicyclette » a-t-il un jour affirmé, mais il se ventait beaucoup.

 

Mais qu’auraient fait tous les autres philosophes, s’ils avaient pédalé ?

 

Après avoir écrit tant de pavés, Kant aurait à coup sûr couru Paris-Roubaix.

 

Heidegger aurait malheureusement été au Vél d’Hiv en 1942, et Schmitt aurait gagné le Tour dans les années 40.

 

Machiavel aurait probablement triché.

 

Karl Marx n’aurait fait que du cyclotourisme.

 

Adam Smith aurait sûrement daigné à partager ses primes.

 

Hobbes aurait sûrement fait de la piste, surtout de la vitesse et du kerin, là où chacun est un loup pour l’autre.

 

Sartre n’aurait pas pu courir à cause de son strabisme. C’est tant mieux, car sinon, il aurait sûrement pris des drogues, et comme Anquetil, beaucoup de maîtresses.

 

Tocqueville serait allé courir le Tour de Géorgie et le Tour DuPont.

 

Avicenne et Averroès seraient quant à eux allés courir le Tour du Quatar.

 

Le positiviste Auguste Comte aurait forcément été suspecté aux contrôles antidopages.

 

Schopenhauer, quoique surnommé « le grincheux du peloton », aurait été un coureur très volontaire, capable de tous les affronts. Il aurait pu être le « blaireau ».

 

Stirner, tout le temps échappé.

 

Bergson aurait carburé à l’énergie spirituelle à l’élan vital.

 

Tous auraient redouté la Critique de la raison pure, un sommet aride et difficile, tel le Mont Ventoux, que l’on peut cependant aborder par un versant plus facile, par la route des Prolégomènes.

 

En tant que spectateurs, Hume, Pyrrhon et Sextus Empiricus n’auraient pu s’empêcher d’être sceptiques quant aux vainqueurs.

 

Platon aurait fait du tandem. Pour dialoguer, c’est plus simple.

 

Thalès serait tombé encore plus violemment dans son puits.

 

Ne supportant que les chiffres impairs, Pythagore n’aurait fait que du monocycle, ou du tricycle.

 

Héraclite aurait lamentablement échoué au triathlon à force de toujours nager dans le même fleuve.

 

Diogène Laërce aurait été Jean-Paul Olivier.

 

Empédocle aurait perdu les pédales, comme il perdra sa sandale plus tard avant de plonger dans l’Etna.

 

Sénèque n’aurait pas eu peur de se faire des transfusions sanguines, anticipant ainsi sur son suicide.

 

Avec sa méthode pour sortir de la forêt, Descartes aurait été imbattable à la course d’orientation. Mais avec son Guides des égarés, Maïmonide aurait eu un avantage décisif. Kierkegaard se serait perdu, prisonnier de l’alternative : « ce chemin? Ou bien… ou bien… »

 

Epictéte aurait été un dur au mal.

 

Leibniz aurait été un terrible poursuiteur, rêvant toujours de s’imposer face à Newton, Spinoza, Locke et les tous autres.

 

Plotin aurait été un grimpeur léger qui aurait connu de grands états de grâce.

 

Grâce à l’inertie, Galilée aurait été imbattable en contre-la-montre.

 

Lénine aurait fait carrière en RDA

 

L’Ethique de Spinoza, les Sommes de Saint Thomas et le Tractatus de Wittgenstein auraient été des courses aux points.

 

Socrate aurait là aussi été une torpille, capable de paralyser tous ses adversaires. Il aurait aimé Paris-Nice, la course au soleil. Alcibiade et tous les autres seraient restés dans sa roue à contempler ses fesses.

 

Nietzsche aurait probablement fait du VTT de descente avec Zarathoustra dans les montagnes italiennes. Sans casque.

 

Wronski aurait été le cyclisme féminin. Tout le monde s’en fout.

 

Après avoir un temps posé du bitume, Karl Popper aurait été un routier sans pareil, quoique doutant souvent de lui-même.

 

Pascal n’aurait pu s’empêcher de parier.

 

Jean-Baptiste Botul aurait été le cyclisme propre. Quelque chose de bien mais qui n’existe pas.

 

Avec ses Essais, Montaigne aurait été un grand trialiste.

 

Hegel aurait été le « cannibale ».

 

Aristote aurait préféré continuer à marcher.

 

La Critique de la raison pratique aurait pu être le code éthique, et Le conflit des facultés les nombreuses rivalités entre l’UCI, ASO, etc.

 

Confucius aurait couru Liège-Bastogne-Liège, la doyenne des classiques.

 

Lassés de faire du sur place, Parménide et Zénon auraient inventé le home trainer.

 

Après avoir écrit des milliers de pages, les encyclopédistes auraient fait sans peur des milliers de kilomètres. Il auraient affectionné les longues distances, comme Paris-Brest-Paris. Diderot se serait abrité derrière d’Alembert sur Bordeaux-Paris, avant que ce dernier ne l’abandonne peu avant Paris.

 

Spinoza aurait été Fausto Coppi. Ils sont tous les deux morts trop tôt, au même âge.

 

Handicapé par ses célèbres ongles, Deleuze aurait été incapable de se saisir des leviers de freins. Il aurait du s’en dispenser et faire ainsi du vélo de piste, pour ensuite tourner en rond encore et toujours, de manière répétée mais chaque fois différente.

 

Derrida serait-il parvenu à faire la différance sans avoir à puiser dans la pharmacopée de Platon ?

 

Foucault aurait utilisé sont biopouvoir.

 

Avec sa bicyclette de facteur et sa longue barbe anti-aérodynamique, Bachelard n’aurait pas pu rivaliser.

 

Simone de Beauvoir et Annah Arendt n’auraient été que deux simples groupies.

 

Pressés par le retour à la nature, Emerson et Thoreau ne seraient jamais descendus de leurs VTT. Manquant cruellement de courage pour en faire de même, Rousseau en serait resté au cyclo-cross.

 

Diogène aurait à coup sûr été tout nu sur son vélo, vélo dont il aurait peut-être même enlevé la selle.

 

 

Tout cela pour se rendre compte que ni la philosophie, ni le vélo ne tournent ronds.

 

 

Prochainement, découvrez Proust en coureur de grands Tours, Ionesco courant à dos de rhinocéros, Einstein contestant la photo finish en critiquant la simultanéité….