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Karl PopperKarl Popper. Pourquoi sa Logique est-elle écrite à la première personne – comme, semble-t-il, tous ses livres – et pourquoi parle-t-il toujours de sa théorie ? C’est, je pense, une conséquence épistémologique de sa philosophie. S’il parlait de la théorie en général, il serait dans une perspective conventionaliste, essentialiste, lamarckienne dans laquelle il tenterait de faire évoluer une théorie de l’intérieur ; au contraire, sa pensée est falsificationiste, nominaliste, darwinienne, où il y a des théories qui sont en concurrence les unes avec les autres, dont la sienne, et sont sélectionnées.

C’est pourquoi Popper ne pouvait pas fonder d’école. Se réclamer poppérien n’a, en toute rigueur, aucun sens. Ce serait dénaturer la philosophie de Popper que d’être poppérien, car ça ne pourrait signifier que deux choses : ou bien être poppérien pour défendre sa philosophie, mais dans ce cas là, celle-ci serait comme un dogme, ce que combat Popper ; ou bien l’être pour faire évoluer la philosophie de Popper, mais ici, ce serait la dénaturer car on tomberait dans les travers énoncés ci-dessus.

Un poppérien ne peut donc pas être poppérien. On trouvait le même problème jadis avec Pyrrhon : il y avait une contradiction à son enseignement, car comment pouvait-il enseigner quelque chose puisqu’il disait précisément qu’on ne pouvait rien savoir ? Cependant, il y a pourtant eu des pyrrhoniens, ceux qui imitaient Pyrrhon, dans une certaine mesure. Peur-être est-ce finalement cela, être popperien : suivre son modèle.