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Texte 1 sur 2 de Le procès d'Oullins

Où l’on découvre la tartuferie radicale de BHL, ainsi que de sérieuses raisons de s’inquiéter des experts mandatés par la justice.

  1. BHL, le témoin capital
  2. Les Experts à Lyon, ou Bouvard et Pécuchet au tribunal

BHLLe Journal de 13H de France 2 a récemment diffusé dans le cadre de leur feuilleton diffusé quotidiennement un « document exceptionnel », selon les mots d’Élise Lucet, puisqu’il s’agissait d’un reportage sur un procès d’assises. On le sait, la Justice se veut secrète. Elle aime le huis clos et consent rarement à se montrer publiquement aux yeux de ceux au nom desquels elle est pourtant rendue. Des procès d’assises, on ne connait habituellement que ces croquis d’audience vaguement impressionnistes et les maigres compte-rendus des journalistes tenus devant les bâtiments des institutions, qui prétendent à eux seuls valoir publicité complète.

Ce procès était celui de Jean-Marie Garcia, accusé du meurtre de Chaïb Zehaf à Oullins en mars 2006. La question de fond du procès était celle du supposé racisme qui aurait animé le meurtrier.

À voir les cinq épisodes de ce procès, dont certains ont pourtant salué sa grande pédagogie, on comprend pourquoi le dispositif judiciaire français tant critiqué par Foucault tient tant à demeurer si secret. La crédibilité des institutions étatiques pourrait en effet être sérieusement remise en cause si de telles images insolentes devenaient trop quotidiennes.

De manière inattendue, le plus grand coupable de cette décridibilisation est ici Bernard-Henri Lévy. Oui. Encore lui. Le philosophe s’était ému de ce fait divers dans son « bloc-notes » du Point titré « Deux procès à Lyon » du 5 février 2009. BHL, invité par la défense, témoigna. Pourquoi ? Cette question embarrassera très certainement la philosophie lors des prochains siècles, et BHL manque d’y répondre dans cette chronique relatant ses deux représentations (car il vint également témoigner contre Siné) ayant eu lieu lors de sa tournée provinciale à Lyon.

BHL n’était pas là au moment des faits. Est-il doué d’une omniscience lui ayant fourni dans son appartement de son Boulevard Saint Germain la claire intuition de ce qu’il se passait ? Non. Il ignore tout du dossier. S’il est présent, c’est simplement parce qu’il a beaucoup réfléchi à la question du racisme. Surtout, il dispose d’un argument bien fondé et bien formé permettant d’établir indubitablement la culpabilité de l’accusé en tant que SS ou membre du Ku Klux Klan refoulé et renaissant, encore plus sûrement que les juges de Nuremberg l’eurent fait.


Cet argument ? Il est bien simple. Nier être raciste n’est pas suffisant pour faire preuve de non-racisme. Même : pour le raciste, c’est une stratégie rhétorique bien connue que de nier être raciste. Le déni de racisme est par conséquent un signe indubitable de racisme. CQFD.

Si l’on suit BHL, ce qui fait le racisme, et le crime ou le délit en général, c’est donc l’accusation, et rien d’autre. Accusez quelqu’un de racisme ; répond-il oui ? l’aveu vaut preuve, et il l’est donc ; répond-il non ? il dénie, et il l’est donc. Sans doute BHL aurait-il dû mieux lire Karl Popper. Il y aurait découvert que ce genre d’argument tautologique, irréfutable, n’a aucune valeur scientifique, et ne prouve rien, si ce n’est la sottise de celui qui l’emploie.

Surtout, cette arme peut se retourner contre notre philosophe. Qu’on imagine un monde possible W où un délit d’imbécilité serait puni d’entartage, et où l’argument de type béachélien serait jugé recevable. Qu’il se trouve ensuite dans ce monde W un contrefactuel de BHL qu’on appellera BHL’, et que quelqu’un accuse celui-ci de flagrant délit d’imbécilité. Que BHL’ plaide coupable ou non, il est possible, même nécessaire que la sentence soit fort crémeuse dans les deux cas.

Toutefois, BHL sent bien que cet argument sonne un peu trop le creux de la rhétorique, et pourrait manquer de convaincre le jury. En bon philosophe formé à la disputatio de l’ENS, il en imagine rapidement un autre, qui n’est malheureusement pas montré dans cette vidéo, mais qui est rapporté dans l’article de Libération : un autre signe indubitable de racisme chez Garcia serait sa tendance à l’animalisation de l’autre, qui « est toujours un signe de racisme » – n’en déplaise à tous ces amants (dont peut-être BHL lui-même) qui surnomment leurs blondes maîtresses « mon poussin ».

Finalement, les avocats de la défense poseront à BHL la question qui manquait dans la problématique de sa chronique du Point, pourtant riche en points d’interrogation : quid de la présomption d’innocence ? Pour BHL, cette question ne se pose pas. Jouant sur les émotions tels les populistes qu’il se plaît à dénoncer, il assène qu’elle fait bien peu de poids face à la souffrance des victimes.

À ces mots, on sent cependant BHL gêné. Comme tout philosophe, il craint d’être amalgamé à un vulgaire sophiste. Ainsi, face à l’avocat de l’accusé qui le sermonne pour cette exécution publique hors des règles du droit, on le voit s’arrimer à la barre tel un Ulysse résistant aux sirènes, courber la tête et bredouiller une réponse titubante qui aurait trébuché devant un jury d’agrégation.

Et malheureusement pour la Dignité et la Gloire de la Sainte Philosophie, l’argumentation de BHL trébucha également devant les jurés des assises. On le sait au moins depuis Platon : les Très Hautes Sphères de la Spéculation demeurent inaccessibles au bas peuple. Le motif de racisme n’a pas été retenu par ces ignares qui préfèrent rester enchaînés dans cette Obscure Caverne peuplée de populo-racistes, quand le Très Humaniste Bernard-Henri vient les en délivrer.

Ainsi, comme le prouvent les excellentes photos de Cetrio, pénaliste, ainsi que son texte tout aussi excellent, ce que ce procès aura surtout montré, c’est quelle fut la posture, ou plutôt l’imposture du philosophe.