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Francis BaconÀ première vue, l’artiste semble être un être à part. Il n’est pas comme nous, il fascine, il intrigue, mais parfois même inquiète, comme ce fut par exemple le cas chez les iconoclastes ou plus proche de nous dans l’histoire, dans les régimes totalitaires du XXème siècle récemment achevé. Mais il n’en reste pas moins que beaucoup ne désirent que rejoindre ceux que l’on nomme « les artistes ». Beaucoup aspirent à le devenir, et peut-être y en a-t-il encore plus qui semblent avoir besoin d’eux, besoin de ces artistes. De telle sorte que l’on a peine à discerner qui de l’offre ou de la demande mène le bal : l’artiste ou son public?

À l’évidence, le propre de l’artiste est de faire de l’art. Mais réciproquement, le propre de l’art est-il nécessairement d’être fait par un artiste? Comprenons : l’art est évidemment une activité proprement humaine. Art et artificiel partagent la même racine étymologique : ars. L’art est une construction humaine. De ce fait, moi humain, je peux tout à fait décider demain de faire de l’art. La question « pourquoi des artistes? » trouve donc toute sa légitimité : car pourquoi des artistes, si je peux faire de l’art moi-même? En effet, il semble, a priori, que je puisse me passer d’eux, alors pourquoi des artistes? N’y a-t-il que eux pour produire de l’art? Mais le fait est que les artistes sont là, et que l’on ne peut visiblement pas attribuer leur existence à l’accidentel ou à la contingence, si l’on en juge par l’histoire où on tenta souvent de les éradiquer sans jamais y parvenir : l’art et les artistes réapparaissaient d’eux-même, comme muent par la nécessité. Ils sont donc là, et s’ils sont là, il y a nécessairement une raison.

On le voit, la question de l’art et de l’artiste sont liées. Ainsi, si à première vue, la société, et donc l’homme, semblent avoir besoin d’art, a-t-on nécessairement besoin d’artistes pour cela, et ne peut-on pas s’en passer? L’homme ne peut-il pas être autarcique sur le plan artistique? Car, qu’apporte de plus l’artiste à l’art que je ne pourrai pas lui apporter? Est-ce tout simplement un nom, de telle sorte qu’une oeuvre d’art n’en serait pas une si elle était anonyme, et qu’il nous faille nécessairement starifier l’auteur d’une oeuvre? Ou est-ce autre chose, quelque chose de plus profond, qui ferait que l’essence même de l’artiste serait différente de celle du commun, et qui classerait alors l’artiste dans une sorte de « catégorie socioprofessionnelle » totalement disjointe des autres? Mais dans tous les cas, indépendamment du rapport de l’artiste avec autre chose que lui même, quelque chose fait qu’il y a des artistes. Or quel est ce quelque chose qui pousse l’artiste à être artiste, qui le pousse à faire de l’art?