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Raphaël, L'école d'AthènesL’histoire de la philosophie s’apparente à un des fondamentaux que le philosophe doit maîtriser, au moins aussi sûrement que la cadrage-débordement au rugby. Il convient de travailler ses « gammes », comme au piano. Il est illusoire de penser que l’on peut partir de rien. Même les fées ont au moins besoin de citrouilles pour faire des carrosses. Il faut être cartésien – ou pire : husserlien – pour croire que l’on peut trouver un fondement infondé tout en se croyant émancipé de tout contexte, et de toute tradition.

Et encore : Descartes fait certes tabula rasa de la tradition, mais pour ce faire, encore faut-il qu’il y ait tradition, et pour qu’elle le soit, qu’elle soit connue, c’est-à-dire digérée, ruminée. La rupture avec quelque chose suppose la connaissance de celle-ci, au moins la connaissance de celle-ci en tant qu’objet.

L’histoire de la philosophie peut être plus que la discipline aride et austère consistant à momifier les auteurs en ne faisant que moins bien dire ce qu’ils ont pu dire eux-mêmes. L’histoire de la philosophie doit se vouloir avant tout explicitation. Mais bien plus, on doit faire un usage proprement philosophique de l’histoire de la philosophie. Il n’y a que voir l’usage que Deleuze ou Foucault en font. Deleuze se vantait de « faire des enfants monstrueux dans le dos des auteurs » qu’il travaillait ; Foucault trouve dans les cyniques des modes de subjectivation éclairants pour les sociétés modernes. Ils suivent en cela, pour forcer un peu, l’usage que Montaigne faisait de la tradition. Non pas fonder une scolastique du livre où les auteurs serait canonisés tout comme le fut Aristote ou Saint Thomas, mais chercher dans toute l’histoire de la pensée des réponses à des problèmes actuels qui, quoique contemporains, restent universels car se posant à tout homme.
L’histoire de la philosophie n’est-elle légitime qu’à la seule condition qu’elle soit philosophique ?

En somme, il s’agit de suivre le conseil de Montaigne : bien distinguer ce qui ne serait qu’une vaine scolastique trop pédante du livre où Kant, Descartes, Aristote, Platon et les autres auraient remplacé les évangiles, Augustin et Saint Thomas, d’un usage légitime et nécessaire des auteurs qui nous ont ouvert les chemins sur lesquels nous marchons, desquels il ne tient qu’à nous qu’ils ne mènent pas nulle part.