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Archéologie du clash« Alors Vincent, t’as voulu te la jouer, ben je vais te montrer comment l’emploi de ma raison critique dépasse largement tes petites gesticulations et les cris d’oiseaux qui en sortent. » Voilà donc Mai 68 selon Cespedes selon Wikipedia. Autre ressort du clash qu’il ne faut pas oublier : je m’en fous de ce que dit le mec en face, je ne clashe [1] que pour parler de moi, et c’est comme ça que je gagne (ou que Booba pulvérise Sinik) [sauf que là je vais perdre, parce que Vincent, ben il ne le lira jamais]. Du coup j’ai le droit de ne parler que de ce que les autres connaissent, soit de la page Wiki sans avoir lu le livre.

Voici la page Wikipedia qui m’intrigue : Mai 68, La philosophie est dans la rue ! – Troisième partie : Le clash désobéissant

Oscar, qui connaît ses collaborateurs, me l’a filée. Alors lui c’était pour l’aspect rap (ces derniers mois, j’ai découvert Booba et Chateaubriand), mais sans doute aussi parce que c’est bête.

Tout d’abord, le concept de clash est expliqué, et il traduit très bien le grec polémos… du moins selon Cespedes, même si je ne suis pas chaud chaud, on va dire oui.

Ensuite Cespedes se livre à une analyse ou chacun en 68 se clashait. Bon… [ici des points de suspension, comme dans le dernier billet d’Oscar]

Les propos de Cespedes me paraissent ceux d’un idiot, d’un frimeur ou d’un séducteur. Kant, style fin des Prolégomènes, aurait écrit : lorsqu’il s’agit d’analyser un fait historique, la situation est difficile, chacun doit faire avec les mots de son temps pour raconter un temps passé [2], mais on déplore la situation quand on voit certains auteurs déployer leur ingéniosité vers des raccourcis faciles. On pourrait les accuser de bêtise, qui est le manque de qualité dans l’emploi de la faculté de juger, d’obsession, le tempérament qui pousse à répéter en quantité infinie le même jugement, de monomanie, la passion qui pousse à juger différents effets selon la même cause, ou d’orgueil, croire que ses jugements empiriques ont une valeur apodictique, tout comme on pourrait les accuser de céder à la facilité ou de vouloir se mettre en avant pour des raisons spécieuses. Je préfère quant à moi penser qu’ils prennent soin de laisser leur écrits à la portée du public, et persuadé de sa bêtise, il se proposent de lui faire faire des progrès quant au fond tout en cédant sur la forme, au risque de se perdre eux-mêmes, c’est ainsi que le pythagoricien féru de vérité en vient à mettre à mort son compagnon [énigme, mais Kant aime les blagues-allusions antiques autant que les phrases longues, même s’il en fait moins]. Toujours est-il qu’à force de se livrer à l’analyse en termes modernes, ceux qui pourraient passer pour des défenseurs de la modernité et des arts de rue contemporains (Kant version années 2000) finissent par se livrer aux plus tristes sophismes. Cependant on peut voir comme une consolation que ces lignes dogmatiques nous ont livrée, faute d’un véritable savoir, une fine analyse de ce qu’est le Clash.

Bref, on attaque peut-être trop la culture hip-hop, sans doute y a-t-il des choses à prendre chez elle, mais là, c’est aller un peu trop loin dans sa publicité. Vous allez voir, c’est rapide.

Noeud du problème : « Le combat [polémos] est le père de toutes choses ». L’auteur traduit alors polémos par « clash », et décline Mai 68 selon un verbe transitif, « clasher »

Comme dit plus haut, pourquoi pas, ça se trouve ça explique parfaitement le situation actuelle, les gens clashent, comme 50 Cent. Mais en 1968, a priori, les jeunes chevelus disaient « combat », et sans doutent pensaient-il cela dans une autre perspective que celle du polémos, peut-être celle du journal du même nom (qui a peut-être fait un édito une fois sur combat/polémos).

Alors le combat est peut-être devenu clash, mais il me semble que c’est un peu facile de dire que ça s’est fait dans l’unité du polémos. Je trouve cela douteux. Quant au clash comme concept opératoire, je me méfie, on en arrive quand même à inventer un nouveau mot en faisant appel à une analyse d’un mot grec. En fait j’ai compris, Cespedes, c’est Heidegger.
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[1] Je vais plus loin que les citations de l’article Wikipedia, moi je conjuge.

[2] Sauf que là ce serait plus un début d’hegelien, ou de Eric Weil dans l’article « Penser et connaître, la foi et la chose en soi », in Problèmes kantiens]