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Les garçons sont-ils tous des bêtes indomptables qui sèment le chaos et la désolation ?

Sylvie Ayral part d’un constat. La grande majorité des élèves punis au collège sont des garçons. A l’époque où on prône l’égalité, cela pose un problème. Les garçons sont-ils desservis par le système ? Sachant que la majorité des enseignants sont des enseignantes, les garçons sont-ils pénalisés ? Ou au contraire, faut-il chercher une explication biologique ? Les filles seraient-elles sages de nature ?

J’ai beaucoup apprécié le fait que Sylvie Ayral traite le sujet avec beaucoup de distance. Même si on voit clairement que la majorité des livres cités sont plutôt féministes, l’auteur ne prend aucun parti. Elle se contente, au début du livre, de formuler des hypothèses. Elle consacre un chapitre entier de son livre à expliquer sa méthode pour recueillir des résultats. Un passage ennuyeux mais qui atteste du sérieux de l’étude.

Après avoir été institutrice en milieu rural pendant quinze ans, Sylvie Ayral est devenue professeur d’espagnol au collège. Elle est aujourd’hui membre de l’Observatoire international de la violence à l’école. Pour écrire son livre, elle a mené une enquête détaillée dans cinq collèges (tous différents) de sa région.

Que le collège soit rural ou urbain, public ou privé, classé en ZEP ou non, les résultats convergent. La grande majorité des élèves punis (plus de 80%) sont des garçons. Pourquoi ? Sylvie interroge les enseignants et les élèves pour faire surgir leurs représentations. Tout y passe : les interprétations biologiques (« c’est dans les gènes »), psychologiques (« les garçons sont immatures » « c’est la crise d’opposition de l’adolescence ») ou anthropologiques (« c’est la meute », « c’est instinctif »). Il en ressort que ni les enseignants ni les élèves ne comprennent ce qui se passe (je traduis ce qui est dit entre les lignes).

L’hypothèse de Sylvie Ayral (qui est bien argumentée) est la suivante : la sanction au collège est relativement inefficace pour maintenir la discipline car les garçons cherchent la sanction. En effet, la punition serait assimilée à une épreuve ou à un rite de passage pour prouver sa virilité. Les élèves punis seraient des « chauds » ou des « rebelles » qui peuvent faire peur aux autres et être populaires auprès de leurs pairs.

Cette hypothèse aurait le mérite d’expliquer pourquoi certains élèves rient quand ils sont sanctionnés. Finalement les punitions auraient l’effet inverse de l’effet désiré.

Ce qui est assez accablant, quand on lit ce livre, c’est de voir à quel point les propos homophobes et sexistes sont présents dans les discours des élèves (et en partie chez les enseignants). Sylvie Ayral l’explique en montrant que les garçons sont encouragés à se comporter comme des durs. S’ils ne sont pas durs, ce sont des « filles » ou des « pédés ». Ils doivent donc faire des bêtises, se montrer insolents, pour être punis afin de montrer qu’ils n’ont peur de rien.

Sur ce dernier point, je suis un peu sceptique. Dans les années 90, les discours homophobes étaient monnaie courante mais aujourd’hui, dans les années 2010, je n’ai pas l’impression que le phénomène perdure. Quand je suis dans les classes, avec de vrais élèves, je constate plutôt une évolution vers plus de tolérance. Je n’enseigne pas au collège mais les lycéens me semblent quand même avoir acquis un certain esprit critique. Non ?

Je rejoins Sylvie Ayral sur un point que Elisabeth Badinter avait déjà soulevé (XY, De l’identité masculine, 1993) : les hommes n’ont plus vraiment de modèle. Disons qu’ils sont coincés dans un choix binaire entre « l’homme dur » (Rambo, Terminator) ou « l’homme mou » (la serpillière).

Faut-il incriminer le désenchantement du monde ? J’ai envie de demander : que sont devenus le savant, l’artiste, le saint, le philosophe et le séducteur ? Est-ce qu’il y a un combat dans la noosphère (la sphère de la pensée humaine) entre différents modèles ? Rambo a-t-il envoyé au tapis Einstein, Michel-Ange, Jésus, Descartes et Casanova ?